www.SyndicatBD.org

mercredi, 17 juin 2009

9 questions à :



Christophe Arleston

Scénariste de nombreuses séries à succès, auteur démiurge de l’univers de Troy, rédacteur en chef de Lanfeust Mag, un des (trop) rares magazines de bandes dessinées à sortir en kiosque, Christophe Arleston est aussi l’un des membres fondateurs du groupement bande dessinée du SNAC.
Il a accepté de répondre à nos questions :

1 - Vous avez déclaré « J'ai toujours eu une conscience politique, aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs. » D’où vous vient cette conscience politique, et comment s’est-elle traduite ?
Elle vient sans doute d'un environnement familial, tous mes oncles et tantes étaient des soixante-huitards, et quand j'étais petit je baignais dans cette ambiance, les longues discussions des grands que j'écoutais, Charlie Hebdo qui faisait beaucoup pour mon éducation... A la fin des années 70 j'avais 15 ans, et à mon entrée au lycée je me suis rapproché de copains qui étaient à la LCR. J'ai milité un moment, j'y croyais vraiment... et puis le trotskisme c'est comme les boutons d'acnée, au bout d'un moment ça finit par passer ! J'ai un souvenir très fort de l'élection de Mitterand, en mai 81: j'avais collé des affiches, mais je n'ai eu 18 ans qu'en aout: à 4 mois près je ne pouvais pas voter... En 83, quand le PS a été au plus bas, j'ai pris ma carte... ca n'a pas duré longtemps ! J'ai été assez vite écoeuré par les petites gueguerres dans la section. Depuis, je ne me suis plus encarté nulle part, mais j'essaye d'avoir un quotidien en cohérence avec ma vision des choses.

2 - Lorsque l’idée d’un syndicat a émergé, vous avez tout de suite répondu « présent », pourquoi ?
Parce que ça me semblait une évidence ! Mais j'ai tout de suite prévenu que je ne pourrai pas donner beaucoup de temps, hélas, mais que par contre je pouvais soutenir financièrement et aussi mettre au service du syndicat la notoriété que j'avais acquise dans le métier.

3 - Vous aviez déjà participé à une aventure syndicale auparavant ?
Je m'étais inscrit au début des années 90 à l'UPCHIC d'Yvan Delporte, une organisation belge: il n'y avait alors rien en France. Mais c'était plus un groupement informel qu'un véritable syndicat.

4 - Comment se traduit votre engagement syndical ?
Principalement comme relais du syndicat auprès de Soleil. Je fais le médiateur, j'essaye de trouver des solutions avec l'éditeur lorsque le syndicat est saisi d'un dossier dans lequel Soleil est en cause. Je me suis également rendu une fois, avec David Chauvel, à une réunion avec la section BD du SNE, le syndicat des éditeurs. Je me doutais qu'il y allait avoir du boulot avant de les faire bouger, mais pas à ce point... J'ai été assez déçu de voir que malgré deux ou trois jolies phrases, le SNE refusait en réalité toute forme de communication. Tant pis, s'ils refusent de prendre en compte les réalités d'aujourd'hui, ça risque fort de leur revenir comme un boomerang en pleine figure et ils se retrouveront un jour largués et désemparés, comme les majors du disque qui se croyaient invulnérables il y a dix ans.

5 - Vous êtes l’un des piliers de l’atelier Gottferdom. Cet atelier, c’est aussi une façon d’accueillir et d’aider de jeunes auteurs, non ?
Oui, tout à fait, mon action d'aujourd'hui est dans le concret. A travers l'atelier et le journal, je fais tout pour mettre en place des structures qui permettent à de jeunes auteurs de se développer. Il y a un turn-over régulier à l'atelier, les portes sont toujours ouvertes et ça se sait, beaucoup viennent s'installer sur un coin de table. Ici chacun met ce qu'il peut pour le loyer, en fonction de son revenu: ça va de zéro à... moi qui complète tout ce qui manque ! Il y a une chambre et une salle de bains: certains viennent s'installer quelques jours ou quelques semaines.

6 - Alors que la loi Hadopi vient d’être votée à l’Assemblée nationale, que pensez-vous du téléchargement illégal de bandes dessinées ?
Je ne suis pas encore très inquiet sur le sujet, c'est plus un problème qui se posera dans deux ou trois ans, quand les formes de lecture numérique auront évolué vers des solutions vraiment intéressantes. Mais sur le fond, bien sûr, ce n'est qu'un nouveau mode de diffusion, il faudra mettre en place les systèmes de protection et de rémunération des auteurs adequats. Et pour moi, ce n'est pas du tout le cas de la loi Hadopi. Je sais que ce n'est pas la position globale du Snac, mais cette loi est une totale absurdité. Elle a principalement été conçue pour défendre les majors de musique et de vidéo qui, après s'être bouchés les yeux pendant des années, s'apperçoivent aujourd'hui qu'ils sont dépassés et ne maîtrisent plus rien. Ils font donc mettre en place une disposition techniquement absurde, qui n'empêchera guère le piratage, qui ne gênera que les gens honnêtes et qui risque, si elle est réellement appliquée, de paralyser une bonne partie de l'économie ! De plus cette loi évite soigneusement le sujet de la responsabilité des fournisseurs d'accès, qui sont pourtant financièrement les grands gagnants du système actuel. En réalité, la meilleure façon de lutter contre le piratage, c'est de mettre en place une offre légale à des tarifs raisonnables. Il y aura toujours une marge de piratage, comme il y a toujours des vols dans les librairies, mais pas au point de mettre en danger le système.

7 - Pensez-vous que le livre papier est amené à disparaître ?
Bien sûr que non. L'arrivée du cinéma n'a pas tué le théâtre. La télé n'a pas tué le cinéma. La vidéo n'a pas tué la télé. Le net n'a pas tué la vidéo... Il y a juste un effet de bascule: une grande partie de la culture populaire va vers le nouveau support, et l'ancien devient plus pointu. La BD numérique a de bonnes chances de s'imposer comme un grand support de diffusion populaire, et les tirages papier vont baisser, mais certainement pas au point de disparaître. Par contre l'album deviendra peut-être plus un objet de luxe que de consommation courante.

8 - L’édition numérique va-t-elle bouleverser le rapport entre les éditeurs et les auteurs ?
Certainement, exactement comme c'est le cas dans la musique. Il est finalement assez simple et peu coûteux d'opérer soi-même une diffusion numérique: le jour où ce marché sera réellement développé, beaucoup d'auteurs vont se poser la question. Est-il vraiment nécessaire de se lier à un éditeur qui demande souvent à ce qu'on lui cède tous les droits, pour pas grand chose en échange ? Comme je le disais, les éditeurs semblent ne pas l'avoir encore réalisé, mais ils devraient réfléchir à l'évolution de leur métier. Il y a toujours eu, il y aura toujours, dans toutes les civilisations, un public qui a envie qu'on lui raconte des histoires. Il y a toujours eu, il y aura toujours, des auteurs pour le faire. Par contre, l'intermédiaire, qui aujourd'hui s'est arrogé un immense pouvoir car il détient la clef de l'outil d'impression et de diffusion, est lui en situation de plus en plus précaire. Ert je crois que la plupart des grands éditeurs ne l'ont pas réalisé. Le net ouvre la porte à l'auto-diffusion sans peine et sans frais.  L'avenir n'est plus aux maisons d'édition, mais aux boîtes de production. Bien sûr, tout ça ne va pas se passer dans les trois mois à venir, mais la situation de l'édition dans dix ans risque d'être très différente de celle d'aujourd'hui.

9 - Pour vous, comment l’auteur doit-il faire face à cette nouvelle donne, financièrement et artistiquement ?
Essayer de se battre pour conserver au maximum tous ses droits dérivés, audio-visuels et autres ! Après tout, nous vendons à un éditeur le droit d'imprimer et de vendre nos bouquins en prenant sa part. Selon quelle logique devrait-on lui céder tout le reste ? D'autant que neuf fois sur dix, il ne cherche rien à en faire. Mais comme je le disais, si l'action syndicale ne s'avère pas efficace à ce niveau, de toute façon la réalité du marché et des évolutions techniques va mettre les éditeurs qui manquent de souplesse dans une impasse. L'auto-production était jusqu'ici une absurdité car elle se heurtait toujours au mur de la diffusion: le numérique va inaugurer une nouvelle ère.

mardi, 5 mai 2009

Etats Généraux de la bande dessinée de Lyon : acte 2

La très dynamique association lyonnaise "L'épicerie séquentielle", propose une deuxième édition des Etats Généraux de la bande dessinée.


Le communiqué :
Cette journée de conférences et de débats sur des thèmes qui touche notre profession aura lieu le 5 juin, dans le locaux de la chambre de commerce de Lyon, en ouverture de la 4ème édition du festival de la BD de Lyon.

VOICI LE PROGRAMME OFFICIEL :

Le matin de 10h00 à 12h00 :

1 - Conférences du syndicat des auteurs de BD pour causer des activités de ce groupement et de l'utilité de prendre sa carte pour les auteurs qui n'ont pas encore sauté le pas.

2 - Intervention d'un représentant des AGESSA qui va expliquer clairement ce que représente cet organisme et à quoi il sert.

Le public pourra évidemment poser les questions qu'il désire.


De 12h30 à 13h30 - Déjeuner

Les participants pourront au choix, participer au repas collectif que nous offrons aux intervenants. Le tarif de ce repas s'élève à 23 euros par personne, ou déjeuner à loisir dans un des nombreux établissements disponibles dans le quartier.

L'après-midi de 14h00 à 18h00

Conférence et débats sur le livre électronique et plus généralement sur l'édition numérique. Ensemble nous nous poserons la question de savoir si l'avenir de l'édition sera sur livre électronique, PDA, netbook ou smartphone et si oui, quelles répercussions cela pourrait avoir sur notre métier.

Les intervenants prévus sont des libraires, éditeurs, juristes, spécialistes du logiciel libre et représentants syndicaux... Nous entretenons actuellement des négociations pour faire venir d'autres personnes.


ATTENTION NOUVEAU :

Cette année, on baisse le prix et le droit d'entrée s'élèvera à 10 € seulement !

À ce tarif, je vous veux nombreux et motivés !

Pour vous pré-inscrire, envoyez un mail à l'adresse suivante :

contact@epiceriesequentielle.com

Avec vos nom et prénom

--------------------------------------------------------------------------------------------

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le blog de épicerie séquentielle.

mercredi, 29 avril 2009

Sur ActuaBD, Cyril Pedrosa parle du syndicat...

"Entre sa récente participation au Cartoon Attack de Fluide Glacial à Bruxelles, son rôle actif dans le Syndicat des auteurs de BD, et la réalisation de son prochain album, Cyril Pedrosa a pris le temps de s’asseoir quelques minutes avec nous pour nous parler de son travail et de ses projets."

La suite sur ActuaBD

jeudi, 9 avril 2009

9 questions à :

Etienne Davodeau

1-Pourquoi avoir rejoint le groupement des auteurs de bande dessinée ?
Parce qu'il me semble que nous n'avions jusque là qu'un poids négligeable vis-à-vis de nos éditeurs, qui, eux, se sont déjà rassemblés au sein d'une structure collective spécifique. Il est donc naturel que les auteurs en fassent autant. Il ne s'agit pas d'installer une configuration conflictuelle mais au contraire de pouvoir instaurer un dialogue constructif sur des sujets où nous avons intérêt à nous concerter, comme le livre numérique, par exemple. Même si je ne suis pas un membre très actif, je suis sûr d'une chose: plus ce groupe sera représentatif, plus sa légitimité sera forte lorsqu'il faudra monter au front au côté d'un auteur en difficulté. Je dis donc à mes confrères: adhérez!
 
2-Votre œuvre s’inscrit dans une veine sociale, en prise directe avec le monde réel et actuel. Votre engagement syndical semble en découler naturellement. Est-ce le cas ?
Je ne sais pas. Mais je ne crois pas dans un monde meilleur qui nous attendrait après notre mort, ni à un hasard heureux qui réglerait soudain tous les problèmes des êtres humains en général et des auteurs de bande dessinée en particulier. En attendant les asticots, j'ai donc envie de m'intéresser aux événements d' ici et maintenant. Ce sont les seuls sur lesquelles ont peut exercer notre droit à l'action. Par action, j'entends aussi le fait de les raconter.

3- Après (pendant ?)la réalisation de Chute de vélo chez Aire libre, vous vous êtes retrouvés en pleine « affaire Dupuis ». Est-ce que cela a motivé votre engagement ?

Bien sûr. Cette affaire a eu -malheureusement- des vertus pédagogiques. Beaucoup d'auteurs ont appris à cette occasion que "leurs" maisons d'édition pouvaient parfois subir la rapacité d'actionnaires qui se foutent absolument des livres publiés. Longtemps, la bande dessinée a eu, du point de vue  strictement financier, la valeur d'un pet de mouche. Les auteurs, et peut-être les éditeurs, souffraient sans doute de cette indifférence mais elle leur garantissait une sorte de liberté, qui est désormais menacée. Je ne sais pas si les auteurs pourront faire grand chose pour se protéger de ces grandes manœuvres. Mais le minimum est d'essayer.
 
4-Vous avez brièvement occupé le poste de directeur de collection chez Delcourt. C’est si difficile que ça d’être de l’autre côté de la barrière?

Brièvement oui. Justement parce que je n'étais pas vraiment de l'autre côté de la barrière. Je n'avais pas vraiment les coudées franches. Guy Delcourt et moi n'avons jamais su nous accorder sur le type de récits que nous cherchions. Alors, j'ai préféré revenir à mes livres à moi, qui suffisent largement à occuper mes journées.
 
5-Ressentez-vous une évolution du statut d’auteur de bande dessinée depuis vos débuts ?
Oui. Nous passons d'un statut précaire à un statut hyper-précaire. Il me semble que les prix de planches ne montent guère. Et pire, le principe du forfait, d'abord conçu pour les livres à haute pagination, es en train de se généraliser doucement, y compris vers des projets très "mainstream", rendant de plus en plus difficile de "vivre de la bande dessinée".
 
6- Comment envisagez-vous l’avenir de l’auteur de bande dessinée ?
D'un point de vue financier, ce sera toujours difficile. D'un point de vue artistique, nous vivons une époque extrêmement stimulante. La bande dessinée, et sa perception dans le grand public, évoluent très vite.
 
7- Craignez-vous l’arrivée de l’édition numérique ?
Je crains surtout le manque d'anticipation des acteurs du monde éditorial. Je sais qu'un groupe au sein du syndicat abat un gros travail de défrichage sur ce thème . Aux dernières nouvelles, nos amis éditeurs n'ont pas l'air très pressés d'aborder le sujet avec eux. C'est dommage. Nous aurions bien besoin d'accorder nos violons face à de redoutables acteurs qui vont entrer dans la danse: les fournisseurs d'accès qui auront bientôt un pouvoir qu'on n'imagine pas encore.

8- Que vous inspirent les récentes attaques contre le prix unique du livre (loi Lang) ?
Elles sont symptomatiques de la dérégulation "décomplexée" qui fait rage en ce moment. La loi Lang joue un rôle fondamental dans la diversité éditoriale qui fait la force et la richesse de la bande dessinée française. Et elle permet l'existence des librairies indépendantes, qui ont un vrai rôle prescripteur.
Effacez ou affaiblissez cette loi, et en quelques années, vous n'aurez plus que les grandes surfaces pour acheter vos livres. Et vous devrez chercher très très longtemps pour trouver le formidable petit bouquin hors normes d'un éditeur indépendant et radical. Par contre, les grosses séries familiales seront sur palettes juste avant les caisses. La bande dessinée en sera forcément changée.
 
9- Vous êtes le représentant notoire du reportage en bande dessinée. À quand une enquête sur la condition des auteurs de bande dessinée ?
Ha ha. Mon problème est que je ne suis moi-même pas très au clair sur ma façon de concevoir "la condition d'auteur de bande dessinée". Et, pour être franc, je redoute un peu une professionnalisation de notre statut, qui ferait surtout de nous des techniciens insérés au sein d'une chaîne de production. Je croise parfois des confrères qui s'inscrivent d'eux même dans cette démarche, et qui s'y sentent bien, puisque , en général, ils en retirent des revenus plus élevés que la moyenne d'entre nous.
Je sais bien que, de toute façon, on fait partie de ce système économique, et qu'il permet à pas mal d'entre nous de vivre -plus ou moins bien- de leur art.
La question des tiraillements contradictoires entre la nécessité de gagner sa vie et celle de rester exigeant et intègre dans sa pratique artistique... voilà une question qui m'intéresse, et qui exige une vigilance permanente.
Autrement dit, le sujet à explorer serait la tension qui existe entre le mot "métier" et le mot "auteur".
Vous connaissez un éditeur intéressé ?

- page 1 de 15